Prêt de la Tapisserie de Bayeux au British Museum, notre patrimoine au péril d'une lubie diplomatique
Ce dimanche 31 août, le musée de la Tapisserie de Bayeux vient de fermer ses portes pour se lancer dans deux ans de travaux ayant vocation à offrir un nouvel écrin à ce joyau inscrit au registre international "Mémoire du monde" par l'UNESCO.
Ce projet enthousiasmant débute pourtant avec un goût amer sur fond d'une inquiétude relayée quasi quotidiennement par la presse nationale et internationale, provoquant parallèlement une pétition en ligne ayant déjà recueilli près de 67 000 signatures.
Le 8 juillet dernier, Emmanuel Macron confirmait ce qu'il avait annoncé dès 2018 : le prêt de la Tapisserie au British Museum de Londres. Celle que l'on surnomme la "vieille dame", cette pièce de lin longue de 70m narrant les exploits de Guillaume le Conquérant, devrait être exposée de septembre 2026 à juin 2027 au musée londonien.
Si la diplomatie se réjouit de ce projet, et s'il est séduisant au premier abord, experts, conservateurs et restaurateurs dénoncent une initiative prise au risque d'une décision unilatérale "catastrophique pour le patrimoine" selon Didier Rykner, fondateur de la Tribune de l'Art.
Béatrice Giraud, qui a participé à la restauration de l'œuvre dans les années 1980, précise : "A chaque fois qu'on la manipule, on perd un peu de matière, donc un peu de résistance, que ce soit le lin de la toile de base ou la laine de la broderie". Sont répertoriés à ce jour 16 445 plis, 9646 trous et 30 déchirures à ce jour "non stabilisées".
"Une fois dégradé, il n'y a pas de retour en arrière, et il n'y a pas d'œuvre comparable au monde" témoigne anonymement une conservatrice qui a relayé la pétition. "Un fil qui tombe, c'est une image qui s'efface".
Au moins cinq de ces conservateurs et restaurateurs se sont ouverts, toujours anonymement, de leur incrédulité et de leur inquiétude à Didier Rykner en apprenant la confirmation de ce prêt, révèle The Guardian dans un article au titre éloquent : "La Tapisserie, c'est moi".
La DRAC de Normandie a commandé une étude de "faisabilité" qui a été clôturée en mars 2022.
Le résultat de cette étude reste à ce jour confidentiel.
Doit-on s'en inquiéter ? Qu'en est-il du rapport précédent de 2021 révélé par Le Monde ?
Et doit-on comparer ce caprice élyséen à celui qui a conduit à la décision du remplacement des vitraux de Notre Dame de Paris contre l'avis, là encore, des experts, plus précisément dans ce cas celui de la commission nationale du patrimoine et de l'architecture ?
Doit-on surtout rappeler à Emmanuel Macron que patrimoine ne nous et ne lui appartient pas, que nous en sommes seulement dépositaires afin de le préserver et de le transmettre ?
Reconquête! Calvados refuse de laisser courir les risques avérés qu'un tel projet va faire subir à cette pièce unique de notre patrimoine normand et dénonce le silence des institutions locales sur ces risques.
M. le Président, aurez-vous l'humilité d'écouter les spécialistes qui s'alarment des conséquences de votre caprice diplomatique ?
Mesdames et messieurs les élus normands, aurez-vous le courage de vous opposer à cette entreprise que, hors micros et caméras, savez funeste pour notre patrimoine et notre identité régionale ?
Monsieur le Préfet, que devons-nous comprendre de la disparition, sur la chaîne You Tube de la préfecture, de la vidéo mise en ligne en février 2025 et qui portait sur le dépoussiérage de la Tapisserie, vidéo contredisant ouvertement la décision de l'Elysée ?
Qui aura la sagesse d'écouter le plébiscite populaire mis en lumière par l'enquête de Ouest-France : 83% des 600 réponses recueillies s'inquiètent et s'opposent à ce prêt à venir ?